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« Pour un changement de paradigme en gynécologie »
Le paradigme en cours en gynécologie est celui d’une femme parfaitement réglée de la puberté à la ménopause. En fait un paradigme beaucoup vraisemblable et « fécond » est celui de la femme sans règles.
Le premier paradigme est une aubaine pour les gynécos, l’industrie pharmaceutique et les cancérologues. Les règles sont soit trop fréquentes, soit pas assez, soit trop fortes soit insuffisantes soit douloureuses… etc. Malheureusement pour avoir des règles il faut des hormones : résultat une exposition aux œstrogènes considérable du fait des cycles répétées naturel ou artificiels (oestro progestatifs) et 40 000 cancers du sein. Mais il est vrai que la femme doit souffrir, et que les règles ont des vertus purificatrices. Encore un exemple de la contamination de la pensés scientifique par la pensée judéo-chrétienne.
Or c’est oublier que jusqu’au début du 19° siècle, les femmes n’étaient pour ainsi dire jamais réglées. Jadis et pendant plus de 3.5 millions d’années les grossesses succédaient aux allaitements avec de temps à autre une période de règles. Il en est de même aujourd’hui dans certains pays très pauvres et chez les Inuits qui n’ont qu’une dizaine de cycles au cours de leur vie.
La femme n’est pas faite pour avoir des règles mais pour être enceinte à la suite d’un cycle. En d’autres termes, les cycles n'ont pas d’autre intérêt que celui de procréer.
Ce contresens sur la signification des règles a bloqué depuis des décennies toutes avancées dans la prévention des maladies de la femme. Les femmes continuent d’être inondées par leurs hormones, de supporter plus ou moins bien les cycles et les règles qui n’ont aucune utilité en dehors d’un projet de grossesse. Pourquoi conserver de façon permanente une fonction qui ne sera utile qu’environ deux fois dans une vie et dont on sait qu’elle est source de la majorité des maux féminins ?
Comment ce fait-il que les femmes soient tant attachées à leurs règles ? Les femmes non réglées seraient-elles des femmes sans ombre telle le personnage de Richard Strauss ? Mais alors les jeunes filles, les femmes enceintes ou allaitantes, les femmes ménopausées ne seraient-elles pas des femmes ? Toutes ces femmes ont en commun d’avoir des ovaires mais à des stades différents de fonctionnement : pour les premières en devenir, pour les secondes en sommeil, pour les troisièmes passé. Les règles ne sont pas un témoin de féminité mais de fécondité. Et les femmes ont toujours besoin d'être rassurées de ce point de vue. Pour les inquiètes, une visite chez le gynécologue avec une échographie des ovaires est suffisante et bien moins dangereux que d'attendre des saignements tous les mois.
À l’origine de cet attachement, il y a l’ignorance à la fois de l’intimité du mécanisme des règles et des conséquences parfois graves liées à la répétition du processus. Les règles ne sont qu’une façon originale de renouveler un tissu, particulièrement adaptée pour accueillir une grossesse, mais désastreuse s’il s’agit de renouveler simplement un tissu sachant que tous les autres tissus de l’organisme se renouvellent de façon continue, (les cellules mortes sont immédiatement remplacées par de nouvelles cellules).
Car ce mode de renouvellement discontinu en une fois implique une croissance rapide et surtout durable des tissus qui va laisser à la longue des traces dans la mémoire des cellules. Il est clairement établi aujourd’hui que plus un tissu est stimulé plus il a de risque de se cancériser. Or le nombre de cycles dans une vie est passé de trente à plus de 450 en l’espace de deux siècles. Un tel changement «climatique » ne peut pas ne pas être sans conséquence. Ces traces sont particulièrement bien visibles dans le tissu mammaire de certaines femmes sous forme de kystes qui grossissent et se multiplient au fil des cycles naturels ou artificiels. Le tissu mammaire est un excellent reflet de l'imprégnation hormonale car contrairement à l'endomètre qui est totalement renouvelé, le tissu mammaire garde le souvenir du cycle précédent. Une maladie appelée endométriose en est une conséquence directe car liée au reflux du sang des règles dans les trompes. Mois après mois, des cellules souches de l’utérus et des seins vont être sollicitées pour rebâtir ici un nouvel endomètre, là de nouveaux lobules mammaires, multipliant les risques de mutations cellulaires à l’origine du cancer. Moins un tissu est stimulé (soleil pour la peau, tabac pour les poumons, hormones mâles pour la prostate) moins il risque de se cancériser. Et tout ceci sans compter l’inconfort avant et pendant les règles, les conséquences sur l’environnement.
La logique voudrait que les cycles soient bloqués en absence de désir de grossesse ; ce que faisait exactement la nature jadis grâce à l’allaitement avec en plus un effet contraceptif. Ce que la nature peut faire aussi simplement, la science peut le faire aussi. L'allaitement bloque les cycles par le biais de substances appelées endorphines sécrétées à chaque tétée, d'où le risque de grossesse en cas de diminution du nombre de tétées. Médicalement de petites doses de progestérone suffisent à avoir le même effet : blocage des cycles et des règles. D'ailleurs la première pilule celle du docteur Pincus ne contenait que de la progestérone. Mais les scientifiques ont préféré écouter les sirènes du marketing que les leçons de la nature quand ils ont mis au point la pilule. Il leur a été dit en effet qu’une majorité de femmes ne prendrait pas la pilule si elle stoppait les règles. Qu'à cela ne tienne il a suffi de rajouter des oestrogènes à la pilule avec 7 jours d’arrêt pour faire venir un saignement artificiel. Les femmes ont été satisfaites : des pseudo règles sont venues les rassurer mais à quel prix ? Car ce que l'on soupçonnait depuis des années à savoir le caractère cancérogène des oestrogènes naturels ou artificiels est maintenant confirmé. De même que ce sont les androgènes qui créent le cancer de la prostate, ce sont les oestrogènes qui créent le cancer du sein. D'ailleurs les hommes qui ont des seins mais pas d'oestrogènes ne font pour ainsi dire pas de cancer du sein.
Quel dommage que les médecins aient raté cette occasion de prévenir la plus grande partie des maladies de la femme grâce à une pilule sans oestrogènes qui bloque les cycles ovariens sans remplacer un cycle naturel par un cycle artificiel. Pour le moment il n’existe qu’une seule pilule réellement contraceptive à la progestérone (désogestrel) qui n’induise pas un cycle artificiel et encore est-elle récente. Comment se fait-il que la majorité des pilules soient combinées oestroprogestatives. Les règles sont-elles sacro-saintes ? Pourquoi s'aveugler sur leur caractère nocif ? S'agit-il de notre héritage judéo-chrétien qui a sacralisé le dolorisme (surtout chez la femme...) ?
La rédaction de ces lignes, fruit de plus de trente années d’exercice de la gynécologie est un cri de révolte. Révolte contre cette obligation faite aux femmes d’avoir des règles inutilement. D’autant qu’elles vont gâcher la vie d’une grande partie d’entre elles, être à l’origine de stérilité (endométriose) de certaines ou prendre la vie de nombre d’ente elles (cancer du sein). Car l’imprégnation hormonale de la femme a considérablement augmenté depuis peu au regard de l’histoire de l’humanité. Elle atteint des niveaux spectaculaires sans précédent du fait de la précocité des règles, du faible nombre d’enfants, de la quasi disparition de l’allaitement et pour finir des traitement hormonaux de ménopause. Comment ne pas s’alarmer devant une telle augmentation des niveaux hormonaux ?
Il faut donc en finir avec les règles pour les règles et revenir à une attitude plus proche de la nature (dénaturée depuis deux siècles) dans laquelle la pilule progestative joue le même rôle protecteur que l’allaitement vis-à-vis des oestrogènes. Ce changement de paradigme a été le fait de deux faits relativement récents : l’apparition d’une pilule sans règles ne contenant pas d’œstrogènes et la confirmation de l’origine hormonale du cancer du sein.
Jusqu'au début des années 2000, l’absence de pilule progestative pure efficace tant du point de vue contraceptif que de la mise en sommeil des ovaires et sans danger n’avait pas permis d’envisager une telle révolution. Nous n’avions jusqu’alors à notre disposition que des pilules microprogestatives et des molécules de type macroprogestatives. Les premières avaient l’inconvénient de leur micro dosage à savoir un manque d’efficacité et surtout une absence de blocage ovarien, leur retirant tout intérêt dans une stratégie de prévention hormonale. Les secondes avaient l’inconvénient de leur macro dosage à savoir une prise de poids. Ces macro progestatifs ont été largement prescrit et le sont encore après la quarantaine car la pilule aux œstrogènes est déconseillée à cet âge. Ils ont été beaucoup prescrits avec ou sans oestrogènes naturels afin de régulariser les cycles rarement dans le but de les bloquer. Il n’est pas étonnant qu’on ait accusé ces produits de favoriser le cancer du sein.
Dr Philippe Vignal
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